Foot professionnel : à quand les terrains synthétiques ?



mercredi 29 février 2012

L’hiver va céder sa place au printemps et bientôt les pelouses des terrains de football vont retrouver leur beauté…Pourtant, comme chaque année, les intempéries ont obligé des reports de match, pas importants en soi, si ce n’est un décalage des calendriers.

Décalage peu important, sauf récemment pour le rugby, sport pour lequel un match du tournoi des 6 nations, France-Irlande, fut reporté, ce qui a coûté cher aux pauvres spectateurs ayant payé leur déplacement… (comme si il n’avait pas été possible de les prévenir avant). Et intempéries qui coûtent cher également aux collectivités ou aux clubs à qui on demande des mesures de protection des terrains.


La Ligue Professionnelle de football impose désormais des contraintes aux clubs qui doivent notamment protéger leurs terrains. On a vu ce que ça donnait concrètement dans beaucoup de villes avec les grands froids de Février ! Angers SCO par exemple a acheté une bâche pour protéger la pelouse, le résultat n’a pas été satisfaisant puisque la pelouse n’était pas pour autant en état ensuite. Que de dépenses inutiles…

Loin de moi l’idée de critiquer les clubs qui font le maximum pour que les matchs puissent avoir lieu pour le plaisir des spectateurs mais quand mettra t’on un peu de raison dans cette escalade de la dépense pour quelques matchs dans une année ? Le Président de la Ligue Professionnelle de Football dit dans les médias que le football ne peut être le seul métier ( c’est son expression) où les intempéries empêchent de travailler !

Que Monsieur THIRIEZ se rassure, il y a bien longtemps que les entreprises du bâtiment, des travaux publics ou les exploitants agricoles savent que la météo influence l’activité…Avec aussi très souvent des arrêts pour intempéries l’hiver.

Mais au-delà de l’immédiat, ne faut-il pas s’interroger sur le refus permanent du monde du foot professionnel à vouloir évoluer vers une généralisation des pelouses synthétiques. A l’heure actuelle, seuls 3 clubs professionnels jouent leurs matchs officiels sur du synthétique : Nancy, Lorient et Châteauroux.


Pour ma part, je souhaite que cette réflexion avance. Plusieurs arguments peuvent militer en ce sens :

- la première raison est le fait que toutes les collectivités ont de manière plus ou moins importante investi dans des terrains de foot synthétiques pour les clubs amateurs et le sport scolaire. Ainsi à Angers, dans la dernière décennie, une dizaine de terrains auront été réalisés ou rénovés. Ces terrains peuvent être occupés 24h/24, 7jours/7 et donc permettent une utilisation maximum. Le bénéfice « public » est donc très satisfaisant puisque ces investissements servent à beaucoup de nos concitoyens. De la même façon les terrains de foot pour les professionnels pourraient aussi servir plus s’ils étaient synthétiques, y compris pour les entrainements des joeurs professionnels, mais également pour d’autres clubs, ce serait plus rationnel. Pourquoi ce qui est bon pour les sportifs amateurs ne le serait pas pour les Pro ?

- Les spécialistes savent aussi qu’en période hivernale, un terrain de foot en herbe pour garder sa tenue, ne peut véritablement servir que 2H par semaine, soit l’équivalent d’un seul match + éventuellement un entrainement. Est-ce suffisant ? Non bien sûr.

- Si le coût d’investissement d’un terrain synthétique est beaucoup plus élevé, de 600 à 900 000 euros, contre 250 000 pour un terrain en herbe, le coût d’entretien revient beaucoup moins cher, notamment en personnel. Mais l’entretien des pelouses a aussi un coût élevé pour l’environnement : le besoin en eau est très important pour une pelouse en herbe, sans compter l’apport de pesticides et autres produits chimiques.

- A l’heure où la précarité gagne du terrain, faut-il chaque année mettre tant de moyens financiers dans les pelouses, notamment pour pouvoir jouer quelques matchs l’hiver ? Le football est certes devenu un « business » mais ne faut-il pas y mettre des limites ? Je pense que si…

- Reste la question des traumatismes potentiels pour les joueurs, argument repris par des entraineurs de foot qui leur fait refuser le débat. Qu’en est-il réellement de la fréquence des blessures de joueurs professionnels sur pelouses synthétiques comparée aux pelouses naturelles ? Une étude réalisée en Suède a montré que la fréquence des blessures était comparable : 2,42 sur pelouse artificielle contre 2,94 sur pelouse « normale » pour 1000 heures d’entrainement. La traumatologie est un peu différente (il n’y a pas les mêmes blessures) mais aujourd’hui, les pelouses artificielles ont suffisamment de garanties de ce point de vue et favorisent par ailleurs un jeu technique.


Les instances du football pourraient tirer le bilan de cette saison, et plutôt que de demander aux clubs d’investir des sommes pour la protection des pelouses, leur demander d’ avancer vers la transformation des terrains en synthétique. Ou alors, tout simplement, accepter que les terrains ne soient pas jouables une partie de l’hiver…
 

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